16 oct. 2013

ART CHRONIQUES: Banksy de l'art ou du cochon ?

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 J'ai décidé d'entamer une nouvelle rubrique dans ce blog, ou je m'amuse à décrypter certain phénomènes de l'actualité artistique. Une petite chronique sans prétention, juste pour le plaisir de la réflexion.

 Je commence par Banksy qui fait bruisser les réseaux avec sa vente happening à New York. Vente qui s'est soldée par un échec puisqu'il n'en a été vendues que quelques unes. Reprenant ses thématiques et personnages fétiches elles étaient mises à prix à 60 $. C'est un vieil homme qui s'occuper de la vente. Résulat, peu de toiles vendues mais qui font aujourd'hui d'heureux propriétaires.
Photo: Bansky, Better out than in

Ok, j'avoue ne pas être une fan de Banksy mais le fond de ce que j'appellerai son happening m'intéresse et m'interpelle beaucoup.

Pour resituer très rapidement qui est Banksy il s'est fait connaître, façon de parler puisqu'il veille férocement sur son anonymat, dans la rue en tant que graffeur au milieu des années 90. Actif depuis les années 80 il rejoint à cette époque le groupe DBZ à Bristol. Il devient alors peu à peu une pointure du monde du street art mais ne rechigne pas à faire des happenings. Il a réalisé un film sorti chez nous sous le titre de " faites le mur! " en 2010.

Le syndrome Fluxus:

Bansky se dit depuis toujours très engagé et anticapitaliste convaincu. D'autres avant lui se sont engagés et on fait de leur engagement le moteur de leur art. Cependant pour ma démonstration j'ai choisi de m'appuyer sur Fluxus, car c'est l'un des archétypes les plus connus du collectif d'artistes véhiculant un engagement qui ne sera au final qu'une utopie.

  Fluxus dans les années 50 était un petit groupe d'artistes que l'on appellerait aujourd'hui alternatifs. Influencés par les dadaïstes, la philosophie zen et John Cage entre autres,  leur but est de déconstruire le système, en particulier dans le domaine de l'art. Comme Banksy aujourd'hui leurs armes sont l'humour et la provocation. Comme Banksy il s'agit de jeter un œil critique sur le monde, de casser certains codes, de rester en dehors de la matrice.
A coup de happenings, de musique concrète ou encore d'installations la philosophie de Fluxus se veut radicale et sans conssession . Cela dure un temps mais Fluxus sera vite rattrapé par le système qu'il fuit: les institution, les marchands d'art, les musées. Qui aujourd'hui, s'intéressant un tant soit peu à l'art ne connaît pas les noms de Beuys, Spoerri, Ben, Nam June Paik ou encore Robert Filliou. Tous sont, ont été  Fluxus. Tous, dans un non-sens qui leur a sciemment, ou non, échappé se retrouvent totalement ingérés par le système même qu'ils rêvaient de voir voler en éclat.

Bansky se trouve à son tour dans cette situation. Lui, l'anticapitaliste est happé par le système qu'il critique. Bien entendu il refuse de nombreuses collaborations avec des grands noms de l'industrie car il veut garder une part de son intégrité mais il est déjà gangrené. Ses toiles se vendent à des prix incroyables comme Keep It Spotless en 2008 qui atteint plus d'un million d'euros. On nage en plein syndrome fluxus.

Action/ réaction:

J'ai toujours pensé, qu'un "vrai" artiste est celui qui fait le moins possible de concessions. On ne peut pas les éviter, il y a des exceptions parce qu'il faut bien vivre. Ces concessions, ne sont pas des parties de plaisirs. On le fait sous la pression, pour beaucoup d'entre nous, souvent celle du lendemain. Dans le cas de Banksy probablement celle du système, parce qu'une fois que tu as le pied dedans, même un bout de pied, tu ressens la demande, l'attente et l'impatience de voir ton travail, de monter des expos, de te montrer tout court. Je pense que ça peut être grisant mais aussi que tu perds en liberté.  Ça me rappelle toujours ce que disait Kurt Cobain en parlant de création " il vaut mieux être détesté pour ce que tu es, qu'aimer pour ce que tu n'es pas "( souvent interpréter à tort hors contexte). A un moment il peut arriver qu'on soit dans cette dichotomie.

 Si Banksy n'est pas Kurt Cobain, et n'est pas à ce point de schizophrénie, de non retour devrais je dire,  dans son art il doit se sentir coincé entre ce qu'il est, un artiste de rue et ce qu'il est devenu, un artiste du systéme.
Après il ne s'agit que de ma propre interprétation, mais j'ai l'impression que le happening new yorkais va lui permettre de rectifier en partie son tir. Au départ j'ai pris ce happening comme un gros buzz bien foutu, histoire de faire "genre":  je critique le monde de l'art et par truchement le monde capitaliste, auquel pourtant j'appartiens de plus en plus. Une sorte de mauvaise blague à mon goût. Et puis j'ai lu cette citation de lui dans les Inrocks :

“J’ai commencé à peindre dans la rue car c’était la seule galerie qui m’offrait une visibilité. Désormais, je dois continuer à peindre dans la rue pour me prouver que ce n’était pas un plan cynique."

Si il est honnête dans cette déclaration, ça me donne l'impression d'un besoin de retour à ses basiques, mais plus encore à sa philosophie engagée. Une façon de faire marche arrière publiquement sur sa façon de fonctionner. Moi qui justement trouvait ce simulacre de vente parfaitement cynique venant d'un artiste de plus en plus institutionnalisé, voir industrialisé, je découvre une forme d'autre vérité. Certes on peut prendre son action comme une critique du système qu'est l'art mais plus encore, comme une auto critique plus qu'intéressante. Même sentiment en lisant le titre de sa résidence dans les rue de Ne york " Better out than in " ( Mieux dehors que dedans ). Bansky clame son retour à la rue comme on clame une innocence.
Rares sont les artistes qui tentent de se resituer ailleurs que sur le chemin de la gloire une fois qu'il est emprunté. Je trouve cela salutaire même si sur la façon de faire je reste relativement critique. Le côté buzz me gêne car il brouille le message que l'artiste semble vouloir faire passer.
 Ne soyons pas naïfs pour autant, Bansky, qui aime faire parler de lui, ne va pas revenir uniquement dans la rue, pour le simple plaisir de l'engagement, il est trop tard pour un total retour en arrière.

Est ce une posture? Est ce sincère? Est ce l'expression d'une forme de regret de s'être trop laissé mangé par le système ? Je n'en sais rien. L'avenir nous le dira peut être. Par contre Banksy a déjà prévu que ce serait la seule action de ce genre.